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La Hymiskvidha

La Hymiskvitha (Le lai d'Hymir) est trouvé dans plusieurs codex et en particulier le Codex Regius. Il vient après le Grimnismal mais Snorri Sturluson ne l'évoque pas dans ses propres écrits. Le texte est construit de façon archaïque sans souci de la narration ou de la forme.

 

En fait, il semble fait de plusieurs poèmes distincts synthétisés alors pour en faire un récit populaire pour l'imagerie collective.

On date ce texte de façon assez large entre la première moitié du XIe siècle et au plus loin au XIIIe siècle ! Il serait parfois d'origine Islandaise, d'autres fois Norvégienne.

 

Ce texte est cependant sans doute assez tardif car il est comme une frontière entre les poèmes décrivant les Dieux mais aussi ceux se désinscrivants de l'art Scaldique, art présenté ici :

L'art Scaldique a permis de préserver l'intégrité de la plupart des Sagas au travers des siècles par une élaboration métaphorique de leur teneur. Ces métaphores sont des "Kennings" transformant le vocabulaire en imageries significatives pour un auditoire averti.

Par exemple dans la Saga d'Egil, une épée est nommée la "barre au halo", "houx de serpent", "le serpent de sang", "le ceinturon de glace" ; On y trouve aussi le "jeu de guerre" pour la bataille…

 

Ce texte n'est pas considéré comme très élaboré ou digne d'intérêt donc si ce n'est l'épisode entre Thor, Hymir et Jormungandr qui en est l'histoire la plus importante…

 

 

La Saga

 

1

Jadis, les vieux Dieux festoyaient ensemble,

Buvaient à profusion et jusqu’à satiété ;

Ils lançaient les bâtonnets tentant de lire leurs marques dans le sang :

Fortune et abondance ils trouvaient alors dans la Halle d’Aegir.

 

2

Le maître du Rocher-Marin s’était assis, apaisé comme dans sa jeunesse,

Mais soudain il sembla être comme un aveugle ;

Le fils d’Ygg le regardait en effet fixement dans les yeux :

« Les Dieux demandent immédiatement que vous prépariez leur festin ! »

 

3

Les ordres sauvages ainsi exigés par Thor préoccupèrent le Géant

Et alors il fomenta sa vengeance envers les Dieux ;

Ainsi il fit don du secret de l’existence d’un chaudron au compagnon de Sif :

« Là-dedans pour tous je brasserais à jamais d’amples lampées de bières ! »

 

4

« Les plus fameux de tous ne l’ont jamais découvert

Et les Dieux mêmes n’ont jamais pu le posséder »

Ainsi parla le plus loyale et Sage, Tyr le Valeureux

Qui donna alors de précieux conseils à Hlorrithi.

 

5 (Tyr poursuit)*

A l’Est d’Elivagar, au bord des cieux,

Se trouve la demeure du Sage Hymir.

Une bouilloire là-bas est en possession de mon féroce père,

Un énorme chaudron d’un mile de profondeur !

 

6 (Thor empressé)

Pensez-vous que nous puissions réussir à avoir cette citerne d’eau ?

 

7 (Tyr pensif)

Hé l’ami, nous le pourrons, si de ruses nous usons !

 

Sur ce les deux compagnons se mettent en quête du chaudron…

 

8

Tout le jour ils voyagèrent avec hâte,

D’Asgard ils partirent jusqu’à la Hall d’Egil ;

Les chèvres pourvues de cornes de Thor ils laissèrent alors ;

Puis ils pénétrèrent dans la Halle où avait demeuré Hymir.

 

9

Le jeune Tyr y retrouva alors sa vielle aïeule, qu’il haïssait grandement,

Pourvue de neuf cents têtes !

Mais une autre femme, blonde comme l’or et à la peau lumineuse,

Approcha en apportant de la bière à son fils :

 

10

« Parent des Géants, brassée dans le chaudron,

Je vous offre à tous les deux la bière des braves héros ;

Bien souvent mon tendre aimé compagnon

Est rustre avec les visiteurs et brutal d’esprit. »

 

11

Tard revint alors à sa halle le difforme Hymir,

Le rugueux Géant, de sa journée de chasse ;

Les glaçons annoncèrent avant lui son arrivée

S’entrechoquant sur son menton recouvert d’une épaisse barbe gelée.

 

12 (La femme d’Hymir fait les présentations)

Bien la venue ici, Hymir ! De bonnes humeurs puisse-tu être ;

Voici ton fils venu jusqu’à notre Halle ;

- Nous avons attendu avec lui car son chemin fut long -

Avec lui voici le héros des Hommes, l’ennemi de Hroth,

Ami de la race humaine où il est connu sous le nom de Veur.

 

S’en suit une confusion de cris et d’agitations…

 

13

« Voyez sous quel pignon ils sont assis !

Derrière cette poutre ils se dissimulent tous les deux. »

Le géant, en un clin d’œil, brisa alors la poutre

Et le pilier massif éclata en morceaux !

 

14

Sous le choc, des huit chaudrons tombant des rebords des poutres,

Un seul de tous demeura intact ;

Et de ce dernier en sortis les ennemis que cherchait

Le vieux Géant les fixant alors de son cruel regard.

 

15 (Hymir apaise sa colère mais reste suspicieux)

Il ressentit pourtant beaucoup de tristesse dans le cœur quand il reconnut

L’ennemi des Géants là sur le sol face à lui ;

Le Géant retrouva ses devoirs d’hôte

Faisant apporter trois bœufs à bouillir pour le repas.

 

15

La tête de chacun il fit couper

Pour ainsi embrocher les bêtes entièrement dans l’âtre !

Plus tard le mari de Sif ne partit dormir

Qu’après seulement avoir dévoré deux des bœufs !

 

16 (Hymir mécontent)

Pour un camarade, cousin d’Hrungnir, il lui avait semblé

Avoir préparé un repas abondant et digne même pour Hlorrithi ;

« La prochaine fois pour la veillée, nous mangerons tous les trois

La nourriture que nous aurons rapportée de la chasse ! »

 

Ainsi fut dit et décidé pour le lendemain si ce n’est que la pêche fut préféré à la chasse…

 

17 (Thor au matin)

J’irai bien volontiers prendre les rames sur la mer, dit Veur,

Si le brave Géant me fait don d’amorces.

 

18 (Hymir de bonnes grâces)

Allez donc au troupeau, si cela sied à votre requête,

Vous y chercherez là une amorce, tueur de Géants ;

Là-bas, je pense, vous y trouverez bientôt,

Et facilement, un bœuf pour vous en faire un bon appât.

 

19*

S’éclipsant rapidement Thor gagna les bois,

Jusqu’à ce qu’il trouve face à lui un bœuf entièrement noir ;

De la bête, le tueur de Géant trancha alors

Le donjon de cette forteresse aux doubles cornes !

 

20 (Hymir au retour de Thor)

Vos projets de pêches sont je pense voués au pire ;

Vous prendrez la barre quand vous serez assis là-bas dans l’embarcation !

 

Malgré les doutes d’Hymir, les voilà tous partis sur les flots de l’Océan…

 

21

Plus tard, le seigneur des boucs tendit le gouvernail

Au misérable idiot pour barrer plus avant le bateau sur les rouleaux de la mer ;

Mais le Géant affirma que ses forces l’abandonnaient

Et qu’il en avait assez de ramer.

 

22 (La pêche commence)

Bientôt d’un simple coup tiré vers le haut

Le puissant Hymir ferra deux baleines sur son harpon !

A la poupe était assis le parent d’Odin

Et Veur avec adresse prépara son appareil de pêche.

 

23

Le gardien des hommes, le destructeur du Ver,

Accrocha sur son harpon la tête du taureau ;

Ainsi l’amorce fut jetée pour appâter l’ennemi des Dieux

Qui sous la terre ceinture tout le monde.

 

24

Alors très vite monta le serpent venimeux

Jusqu’au bateau où Thor, le vaillant, l’harponna ;

De son marteau, l’affreuse colline d’écailles

Du parent de Fenrir il écrasa une fois émergée !

 

25

Le monstre rugit si fort que les rochers en résonnèrent,

Tout sur la terre en tremblant ;

Alors coula à pic la créature poissonneuse dans les eaux !

 

26

Ils reprirent les rames du retour laissant sans joie le Géant ;

Pas un mot n’échangea Hymir alors assis aux avirons

Cherchant avec le gouvernail un second vent.

 

27 (Hymir ironique s’adressant à Thor)

La moitié de notre labeur vous avez désormais à faire à votre tour

Et rapidement maintenant ramener la chèvre avant qu’elle ne se noie !

Sinon nous ne pourrons rapporter les baleines à temps au port

 Par le long de la gorge du val boisé.

 

28

Hlorrithi se leva alors et agrippa rudement la barre,

Battant l’eau si fort qu’il souleva la poupe du cheval des mers !

Les avirons et toutes les écopes ainsi

Que les truies des vagues il ramena ainsi à la Halle du Géant.

 

29 (Hymir de retour à terre)

Sa puissance le Géant voulu une nouvelle fois mesurer ;

Têtu qu’il était, contre la force de Thor ;

« Même votre force, bien que vous en ayez démontré la vaillance en ramant,

Ne sera assez suffisante pour vous éviter la honte de ne pouvoir briser cette coupe ! »

 

30

Alors Hlorrithi, une fois pris la coupe,

En frappa violemment le verre sur un pilier de pierre ;

Comme tout avait volé en éclats, parmi les débris du pilier

On fit rapporter à Ymir la coupe de verre demeurée intacte !

 

31 (Thor sonné au sol reçoit une aide inattendue)

Pourtant, soudain, la belle et noble bien-aimée du Géant trouva

Un conseil décisif qu’elle partagea avec Thor :

« Frappez sur le crâne d’Hymir, lourdement,

Car il est bien plus dur encore que cette coupe de verre ! »

 

32

Le puissant seigneur des boucs se releva alors à l’aide d’un genou

Et de toutes ses forces divines frappa le Géant ;

L’heaume-tige du malheureux résista pourtant,

Mais pas le socle de la coupe de vin qui se brisa tout du long !

 

33 (Hymir abattu)

« L’enchanté artefact qui était mien est désormais rompu

Depuis que les morceaux de la coupe jonchent mes genoux ;

Plus mots je ne puis dire si ce n’est que vous pourrez dans les jours futurs

Brasser ce qui était alors ma bière ! » Ainsi parla le Géant.

 

34 (Hymir persifle tout de même)

« Assez vous aurez à jamais de ce breuvage si au-dehors de notre Halle

 Vous parvenez toutefois à en sortir ce chaudron ! »

Alors Tyr par deux fois tenta de le déplacer

Mais par deux fois le chaudron se tint immobile à la même place !

 

35

A son tour le père de Modi se saisit des bords,

Et avant que le plancher ne cède sous le poids,

Le mari de Sif souleva le chaudron au-dessus de sa tête !

Mais alors, ainsi sur ses talons, les deux poignées cédèrent soudainement !

 

36 (Les dieux semblent abandonner mais…)*

Alors qu’ils partaient déjà au loin, une nouvelle fois,

Le fils d’Odin jeta un regard derrière lui ;

Alors, s’approchant des cavernes de l’Est desquelles il venait,

Il vit Hymir aux multiples têtes en train de les remplir !

 

37 (Thor surprend Hymir)*

Le Géant se tenait debout et déversait le chaudron en l’inclinant par les épaules ;

Mais Mjollnir, le meurtrier marteau, s’abattit soudain :

Ne resta alors plus qu’un tas de rebus de baleines après le passage de Thor !

 

Les Dieux quittent la halle d’Ymir pour retrouver leurs montures laissées à l’entrée…

 

38*

 Alors qu’ils revenaient près des pâturages, étendues dans l’herbe,

Ils aperçurent une des deux chèvres d’Hlorrithi à moitié morte !

Une des pattes de l’animal était de nouveau déboîtée,

Le malfaisant Loki étant à l’origine de cette blessure…

 

Le narrateur de cette histoire raconte alors la fin de l’histoire, refermant son fabliau…

 

39*

De tout ce que l’on vient d’entendre, et pour tous ceux ayant eu

Le conte narré des périples des Dieux, que dire de plus ?

Quelle fut alors la récompense de l’habitant des landes sauvages

Et qui de ses deux enfants donna t’il en sacrifice de cette aventure ?

 

40 (Le narrateur conclue)

Toujours est-il que le Puissant revint au Thing des Dieux

Et avec lui le chaudron qui fut celui d’Hymir !

Ainsi joyeusement de bière les Dieux purent enfin savourer

Là dans la Halle d’Aegir à chaque saison…

 

Annexes*

 

1* : Les bâtonnets renvoient ici à un ancien rite Germain où ceux-ci étaient trempés dans du sang humain pour en lire alors les prédications. Mais on peut aisément y voir la métaphore d’une pratique des Runes ointes pour le Seidr.

 

2* : Le maître du Rocher-Marin est un Kenning pour Aegir.

Ygg : Odin.

 

3* : Le Géant est ici Aegir – Sif est la femme de Thor -  Le chaudron peut ici représenter la Mer…

 

5* : Elivagar (Vagues-Orageuses ?) – Cette strophe est obscure car Tyr est présenté comme le fils d’Odin (ce qui est erroné) puis Hymir comme son père ce qui est un paradoxe donc !

 

8* : Egil serait le père de l’homme de main de Thor, Thjalfi donc –

 

9* : La vieille aïeule, au nom inconnu, est donc présentée ici comme la grand-mère de Tyr et la mère de Hymir bien qu’on l’apparente à la race des Dieux plutôt que celle des Géants.

 

12* : On ne sait rien sur l’épouse de Hymir et la ligne 3 est obscure tout comme l’appellation pour Thor d’ennemi de Hroth –

Veur lui-même est un nom unique à ce texte pour désigner Thor.

 

16* : Thor est ici considéré comme le cousin des Géants ce qui n’est pas rare…

 

19* : Le donjon de la forteresse est un Kenning pour la tête du bœuf au corps massif.

 

20* : La strophe est apparemment incomplète.

 

21* : Le seigneur des boucs est ici Thor en relation avec son char tiré par deux boucs ou deux chèvres selon les versions –

Le misérable idiot est un Kenning très fréquent pour désigner les Géants considérés bêtes –

 

23* : Le gardien des Hommes est un Kenning pour Thor tout comme l’ennemi des Dieux pour désigner Jormungandr.

 

24* : La colline d’écaille est un Kenning adapté ici mais plus connu sous l’expression de colline de cheveux pour désigner la tête –

Le parent de Fenrir fait état de sa filiation avec le Loup mais aussi avec Hel –

 

25* : Cette strophe est sans doute incomplète car Snorri parle du fait qu’Hymir trancha la corde du harpon effrayé par les remous du monstre. Thor furieux le poussa alors à l’eau et le Géant revint sur la rive en pataugeant !

 

27* : La chèvre qui se noie est un Kenning pour relater le fait que le bateau prenne l’eau et que Thor est à la barre.

 

28* : Le cheval des mers est un Kenning pour de nouveau désigner le navire tout comme les truies des vagues en est un pour les baleines.

 

29* : L’épisode de la coupe de verre est inconnu autre part que dans ce texte.

 

31* : Il n’est pas étonnant que la femme de Hymir aide son propre fils, Tyr !

 

32* : Un Kenning pour désigner la tête de Hymir.

 

36* : Il est habituel que les Géants aient plusieurs têtes même si Hymir semblait n’en avoir qu’une jusqu’ici !

 

37* : Le tas de rebus des baleines est un Kenning pour désigner ce qu’il reste du Géant !

 

38* : La référence à Loki renvoie à une aventure partagée avec Thor (cf dictionnaire).

 

39* : Il est extrêmement rare que les narrateurs d’une Saga soit ainsi cités dans le texte…

 

40* : La dernière ligne est hasardeuse sur la notion de temps qui parfois est l’automne, parfois l’hiver, etc…